Une visite au mémorial de Gardelegen, 27 janvier 2013

 

Le Mémorial de Gardelegen (Gedenkstätte Feldscheune Isenschnibbe Gardelegen) a été érigé en mai 2015 en hommage aux 1016 victimes du camp de concentration de Gardelegen qui périrent le 13 avril 1945 peu de temps avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Au début du mois d’avril 1945, environ 4000 prisonniers du camp de Dora-Mittelbau et de son camp satellite de Neuengamme furent transportés à Gardelegen en véhicules spéciaux car les voies de chemin de fer avaient été endommagées par les raids aériens. La SS mis en place rapidement une équipe de surveillance des détenus formée par des forces auxiliaires, la Jeunesse Hitlérienne et l’armée de l’air. Pressées par l’arrivée des Américains, les troupes allemandes obligèrent environ 1000 détenus – la plupart d’entre eux était malade et trop faible pour entamer les marches de la mort –  à quitter la ville de Gardelegen pour rejoindre la localité d’Isenschnibbe. De là, les prisonniers furent emmenés dans une grande grange qui fut incendiée par les Allemands après avoir été aspergée d’essence. La majorité des détenus y furent brûlés vifs. Ceux qui tentaient de s’échapper furent exécutés sur place par les gardes. C’est la 102ème division d’infanterie américaine qui découvrit le massacre un ou deux jours plus tard. L’unité militaire américaine arriva sur le lieu du crime avant que les Allemands n’aient eu le temps de brûler tous les corps. Ils trouvèrent ainsi 1016 corps dans la grange encore en flammes et dans des tranchées creusées à côté de cette dernière. Ils parvinrent à recueillir le témoignage de plusieurs détenus qui avaient réussi à s’échapper. Une équipe de photographes américais militaires prirent des clichés le 19 avril 1945 afin de documenter le massacre qui fut grâce à cela, rendu public dans la presse. Le 21 avril 1945, le commandant local de la 102ème division d’infanterie américaine ordonna à un groupe de 200 à 300 hommes de creuser une sépulture décente pour les victimes du massacre. Les jours suivants, des civils allemands exhumèrent 586 cadavres des tranchées et retrouvèrent 430 cadavres dans la grange. Une tombe individuelle fut offerte à chacun d’eux. Le 25 avril 1945, une cérémonie organisée par la division d’infanterie américaine se tint  afin d’honorer les victimes et d’ériger un mémorial. Le mémorial fut par la suite réaménagé entre les années 1952 et 1971. Il y est écrit : « Gardelegen, cimetière militaire. Ci-git 1016 prisonniers de guerre alliés qui furent assassinés par leurs ravisseurs. Ils furent enterrés par les citoyens de Gardelegen chargés de la responsabilité que les tombes restent toujours aussi vertes que la mémoire de ces infortunés qui sera conservée dans les cœurs des hommes amoureux de la liberté où qu’ils soient ».

Pour de plus amples informations, vous pouvez vous référer à l’ouvrage d’André Sellier, Histoire du camp de Dora, Paris, La Découverte, 2010 et au témoignage de Lucien Colonel qui échappa à l’enfer de Gardelegen  https://asso-buchenwald-dora.com/temoignage-de-lucien-colonel-2/

 

Visite du Cercil – Musée – Mémorial des enfants du Vel d’Hiv
octobre 2014

Le Cercil, Musée-Mémorial des enfants du Vel d’Hiv est un Centre d’histoire et de mémoire existant depuis plus de vingt ans, travaillant sur l’histoire et la mémoire des camps d’internement de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Jargeau, tous trois situés dans le Loiret, et la déportation juive.

Entre le 14 mai 1941 et juillet 1943, plus de 16 000 Juifs, dont plus de 4 700 enfants, ont été internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, 4 400 d’entre eux vont être déportés et assassinés à Auschwitz-Birkenau. 4 enfants sur 10 déportés depuis la France, l’ont été depuis ces deux camps. En 1942, huit convois partent directement des gares de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers pour Auschwitz, les autres internés vont transiter par le camp de Drancy. Pendant plusieurs mois, Pithiviers deviendra une des principales plateformes logistiques de l’assassinat des Juifs d’Europe de l’Ouest. Entre avril 1941 et décembre 1945, 1 190 Tsiganes, dont 700 enfants, ont été internés dans le camp de Jargeau. S’il n’y a pas eu de déportation depuis ce camp, ce fut un internement extrêmement difficile qui ne s’acheva qu’en décembre 1945, soit 7 mois après la fin de la guerre. Ces trois camps permettent une approche singulière de l’enseignement de la Shoah.

La Shoah ne s’est pas seulement déroulée à Auschwitz, mais aussi sur ce territoire. L’histoire de ces trois camps, la masse importante d’archives, permettent de faire découvrir aux élèves les mécanismes idéologiques puis administratifs qui ont rendu possible l’internement puis la déportation et donc l’assassinat de ces 16 000 Juifs. Mais, c’est aussi l’occasion de réfléchir sur le fait que les trois quart des Juifs de France ont été sauvés alors même que le gouvernement de Vichy a été un complice actif dans leur déportation, comme le démontre l’histoire des enfants séparés de leurs mères à Beaune-la-Rolande et à Pithiviers.

L’exposition permanente occupe un tiers des locaux. On y débouche après avoir longé la Galerie de la mémoire. A travers des documents d’archives, des photographies, des objets, des journaux, est présentée par ordre chronologique l’histoire des camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers. Le discours historique s’appuie sur des documents d’archives et se déroule autour d’histoires personnelles, des récits de vie. Des écrans interactifs, des bornes informatiques offrent la possibilité de faire des recherches afin d’approfondir certaines thématiques ou de retrouver des traces des 16 000 personnes juives internées entre 1941 et 1943 avant d’être dans leur très grande majorité déportées et assassinées à Auschwitz. Le cheminement historique se poursuit dans le Mémorial des enfants du Vel d’Hiv. Plus de 4 400 enfants ont été internés dans ces deux camps avant d’être assassinés ; leur photographie, lorsqu’elle existe, ou simplement leur nom, prénom et l’âge de leur assassinat, sont insérés dans un meuble au bois précieux.

Le CERCIL a la responsabilité de préserver le patrimoine et les traces de ces camps. Un fragment de baraque, après restauration, est implanté dans la cour de ce Centre. Cette baraque du camp de Beaune-la-Rolande est classée monument historique par le ministère de la culture.

Des activités pédagogiques ont pour objectif de susciter chez les jeunes une réflexion sur l’indispensable vigilance que chacun doit exercer dans notre monde contemporain, chargé de tant de périls et de tant de menaces. Elles contribuent à mettre en œuvre une véritable éducation à la citoyenneté, au sens précis du mot.

Des activités culturelles sont proposées tout au long de l’année, destinées à éclairer et à approfondir la visite : des expositions, des visites de sites, des rencontres, des conférences, des projections de film, des lectures sont présentées aux publics. Les Mardis du Cercil, de 18h à 20h, accueillent chaque semaine un public très nombreux venu écouter, rencontrer, questionner, historiens, témoins, philosophes, réalisateurs, écrivains…

Son centre de ressources comportant plus de 4 500 titres sur l’internement en France, sur la Shoah et plus particulièrement sur les enfants est librement accessible aux publics. Le CERCIL est aussi un centre de recherche. Grâce aux nombreuses archives conservées et aux copies microfilmées des archives nationales et départementales du Loiret, les historiens écrivent l’histoire des camps de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Jargeau et de la déportation juive et de l’internement des Tsiganes. Sont aussi effectuées des recherches à la demande des familles qui souhaitent reconstituer le parcours de proches internés dans ces camps.

La particularité du Cercil est l’articulation permanente entre le travail de recherche historique et sa restitution aux publics. Ainsi les élèves sont au cœur de l’histoire en train de s’écrire. Ils sont confrontés à l’analyse du document, à la double lecture des photographies de propagande. La rencontre avec les témoins leur permet de développer leur sens de l’écoute, de rapprocher cette histoire singulière, la micro-histoire, à l’histoire générale de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.

 

Visites

Ces visites complètent la conduite des projets explicitée dans l’onglet Outils pédagogiques.

Mémorial de Langenstein, 17 mars 2015
Léopoldina – Académie nationale des sciences, 16 mars 2015
Présentation de la Fondation pour les Mémoriaux en Saxe-Anhalt – « Stiftung Gedankstätten Sachsen-Anhalt » 15 mars 2015
Mémorial de Roter Ochse, 15 mars 2015
Mémorial de Lichtenburg-Prettin, 14 mars 2015
 Musée – Mémorial des enfants du Vel d’Hiv, octobre 2014

 

Le mémorial du camp de concentration de Lichtenburg-Prettin
14 mars 2015

Le Mémorial a ouvert en décembre 2011. Une première ouverture avait eu lieu en 1965.

La Stiftung Gedenkstätten, ou Fondation pour les Mémoriaux en Saxe-Anhalt, a été créé en 2007, d’abord pour prendre en charge ce mémorial. En Allemagne, il y a des fondations publiques et des fondations privées. Les fondations sont subventionnées par le Land et il y a un co-financement pour les projets. L’indépendance est garantie pour le contenu. Il y a un président et un conseil, composé des ministres de la culture et de l’éducation du Land, ainsi que de conseillers scientifiques spécialistes de la période 1933-1945 et 1945-1989.

Il y a une culture démocratique de la mémoire. Le Mémorial est excentré puisqu’il se trouve à 2h30 de route de Magdebourg. Il reçoit peu de visiteurs : 2600 en 2013, 4000 en 2014.

Deux personnes travaillent actuellement au mémorial. Mme Engler, la directrice, a avant tout été engagée comme pédagogue.

Il y a ici des photocopies des archives, qui sont liées au Land. Dans l’exposition on présente des objets du camp et les fiches des détenus.

Le château est énorme, mais vide. Il appartient à la République fédérale d’Allemagne.

Le château a été construit au 16ème siècle. C’était à l’origine un lieu de retraite pour les femmes de la famille royale de Saxe. Quelques salles servent comme musée de la ville.

A partir de 1815 et jusque dans les années 1920, le château sera transformé en prison.

Le camp ouvre en 1933 et n’accueille que des hommes jusqu’en 1937, puis de 1937 à 1939, c’est un camp de concentration pour les femmes. De 1939 à 1945, ce sera un centre de formation pour les SS. C’est d’abord un camp pour les opposants politiques, puis avec l’évolution du régime y seront aussi internés des homosexuels, des témoins de Jéhovah, des Tsiganes…

Ça a été l’un des premiers camps ouvert. La gestion en est un peu aléatoire. Dachau, par la suite, deviendra le camp de concentration « modèle », avec les baraquements, tel qu’on se le représente aujourd’hui.

Les détenus participaient aux travaux du camp, mais ils étaient aussi exploités pour faire des travaux en ville : routes, stades… On y trouve désormais des plaques commémoratives.

Les cachots étaient un lieu de punition, avec des phrases humiliantes au mur. Il y a par exemple un cachot où l’on ne peut tenir ni assis, ni allongé. On pouvait aussi rester sans couverture, dans le noir, avec un repas tous les 4 jours.

En tout, plus de 10000 détenus y seront internés. Il y a eu peu de morts, car c’était avant tout un camp de transit.

Les SS habitaient à l’arrière du château.

Visite du mémorial de Roter Ochse
15 mars 2015

C’est un bâtiment qui a un double passé, pendant la période nazie, puis la RDA.

Une partie de la prison est toujours en fonctionnement aujourd’hui. C’est la deuxième prison en Saxe-Anhalt avec actuellement 300 prisonniers.

Le Mémorial est situé dans un seul bâtiment. Il a le soutien du Ministère de la Justice du Land.

Fondation :

La prison a été ouverte en 1842 et a été agrandie 6 ans plus tard. Elle avait des cellules individuelles, ce qui était une nouveauté pour l’époque. Elle se trouvait à l’origine à l’extérieur de la ville. A l’époque, elle pouvait contenir 450 prisonniers, et il y avait aussi un cimetière.

Shinkel, qui va être le chef de l’administration du bâtiment, est le plus grand architecte allemand du 19e siècle.

Dès le 19e siècle, il y a eu beaucoup de détenus politiques.

La période nazie : 1933-1945 :

Elle devient une prison nazie pour hommes à partir de 1933. On passe alors de 500 prisonniers à plus de 2000. Elle remplace en fait la fonction du camp de Prettin avant son ouverture.

Ensuite, ce sera une prison pour criminels, en cellules individuelles, sans contacts avec l’extérieur pendant les six premiers mois. Par la suite, il y aura majoritairement des détenus pour raison politique, dont beaucoup de prisonniers étrangers : STO, prisonniers de guerre… Ils sont de 26 nationalités au total, dont 201 français. Les français sont les seuls pour lesquels on arrive à retracer toute l’histoire. Il y avait aussi quelques femmes internées.

Il y avait trois cours de promenade séparées. Le lieu d’exécution se trouvait au rez-de-chaussée, il deviendra une blanchisserie dans les années 1950. En 1942, on installe une guillotine, puis les condamnés seront exécutés par pendaison, on meurt par asphyxie en une quinzaine de minutes. Il y aura en tout 549 exécutions, dont 275 soldats de la Wehmacht. La dernière exécution a eu lieu le 10 avril 1945. Les condamnés étaient enterrés dans l’enceinte de la prison.

On prend l’exemple de la famille Scemla : un père et ses deux fils, Juifs tunisiens, arrêtés alors qu’ils essayaient de fuir. Ils seront tous le trois exécutés. Le corps de Gilbert Scemla sera donné à l’institut de médecine, tandis que Jean et Josef seront enterrés.

En 1945, les prisonniers sont libérés par les troupes américaines. Quelques-uns sont Juifs.

La prison est restée 10 semaines sous domination américaine, jusqu’à l’arrivée des Russes.

Le personnel de la prison est alors jugé par un tribunal militaire soviétique : certains sont exécutés, d’autres meurent de faim pendant leur incarcération.

On possède une seule photo de la prison pendant la période nazie. Et on possède aussi une photo d’un enfant tsigane de Halle, qui a été stérilisé d’office en 1944, mais qui a survécu.

Sous la RDA : 1950-1990 :

En 1950, c’est la fondation de la Stasi, qui comprend 20 services, dont la protection contre le terrorisme.

Le bâtiment va être divisé. Ce sera notamment la deuxième prison pour femme en RDA. La Stasi possède au total 15 lieux de détention en RDA, et celui-ci sera le deuxième en nombre.

Sous la Stasi, c’est une prison pour crimes graves. Il y aura environ 1000 procès, dont seulement 15% concernent des crimes de guerre. Les autres sont des opposants au régime. On possède des listes avec des informations sur les détenus. Au début il y a beaucoup de jeunes, membres des jeunesses hitlériennes. Le droit pénal russe est valable pour toutes les républiques soviétiques, et on est jugé responsable dès l’âge de 12 ans. Les détenus et les condamnés cohabitent. On est à deux, dans des cellules complètement fermées, pour perdre tous ses repères. Les interrogatoires ont lieu la nuit. Les cellules seront utilisées jusqu’en 1989, comme en témoignent certaines photos.

Le 17 juin 1953, il y a une rébellion des ouvriers, qui tentent de libérer les prisonniers.

A partir de 1971, avec Erich Honneker, les prisonniers seront surtout des gens qui tentent de quitter la RDA.

Dans les années 80, les opposants cherchent à changer le système de l’intérieur. Ils manifestent la volonté de s’exprimer librement.

La RFA met en place une politique d’achat des détenus à partir des années 1960. Le dernier transport a lieu la veille de Noël 1989.

De 1952 à 1989, il y aura environ 10 000 prisonniers, dont 8100 hommes et 1600 femmes. La durée moyenne d’emprisonnement était d’environ 6 mois, le temps de passer en jugement, puis d’être dispersés dans différentes autres prisons.

En 1990, le bâtiment est abandonné par la Stasi, et en 1995, le mémorial s’y installe.

Jusqu’en 1995, on pouvait trouver des informations sur la prison dans les archives russes, qui sont difficilement accessible aujourd’hui.

La Leopoldina
Académie nationale des sciences
16 mars 2015

Le choix de Halle comme siège de l’Académie nationale des sciences

La Leopoldina est considérée comme la plus ancienne société savante encore en activité en Europe. Elle a été fondée en 1652 par 4 médecins et est restée autonome y compris pendant la période de la RDA. Depuis le XVIIIe siècle, elle rayonne sur l’Europe entière.

En 1999, elle a pris le statut d’association mais elle bénéficie d’importants fonds publiques, situation qui est rare en Allemagne

Elle est reconnue comme Académie nationale depuis 2008, ses missions ont été élargies, des spécialistes, réunis en commissions, doivent présenter des études au Parlement (réchauffement climatique, transition énergétique, vieillissement de la population…) Aujourd’hui 1500 scientifiques, issus de 30 pays, se rattachent bénévolement à l’Académie, parmi eux 30 chercheurs français. Elle assure un gros travail de publications.

Le développement d’une loge maçonnique et celui de la société savante sont intimement liées

Durant les premières décennies de son existence, les membres communiquent par courrier et le siège de l’Académie est au domicile du président, le premier J.L Bausch réside à Schweinfurt.

Dans l’Europe du XVIIIe siècle, les élites éclairées sont souvent membres de la franc-maçonnerie, la loge de Halle, créée en 1747, est importante et assez riche pour faire l’acquisition de la colline du Jägerberg, une colline artificielle qui résulte du creusement des douves lors de la construction du château de Moritzburg à la fin du XVe siècle. En 1820, elle y fait construire un bâtiment de style néo-classique, dans le sol instable de la colline, les fondations sont très profondes et reposent sur la roche. Il s’agit d’édifier un temple pour les initiations et les réunions de la loge, l’écoute de conférences. La loge connaît un grand essor au XIXe siècle, elle doit agrandir le bâtiment mais les fondations sont moins profondes et la façade s’est ensuite affaissée d’1,8m.

Le siège de la société se fixe à Halle en 1878.
Lorsque la Leopoldina récupère le bâtiment en 2009, elle doit d’abord le consolider entièrement.

Le bâtiment

On accède au premier étage par un escalier monumental. Le palier présente les lithographies de tous les présidents de la société, les portraits peints ont disparu au cours de la Seconde Guerre mondiale. Deux vastes salles sont situées de part et d’autre, l’une était la salle du temple qui a subi des transformations. En effet la loge s’est dissoute dès le début des années 30 avant que les nazis en prennent la décision et le contrôle du bâtiment. Les niches de la grande salle sont ouvertes, une nouvelle cheminée est construite (1937) ,elle est ornée d’un bas relief à l’esthétique nazie. Lorsque les autorités de la RDA prennent possession du bâtiment, ils gardent cette cheminée, toujours visible aujourd’hui. Le plafond était peint en bleu pour imiter la voûte céleste, dans les années 30, un plafond à caissons a été ajouté et conservé car la peinture est en trop mauvais état. Cette salle sert aujourd’hui au Comité directeur de la Leopoldina .

L’autre grande salle est la salle des fêtes pour les banquets, les bals, les femmes y étaient admises. Après la guerre, elle a servi de mess aux officiers soviétiques et a été alors peinte en blanc en laissant le plafond bleu. Les autorités de la RDA ont employé cette salle pour des cérémonies officielles, des concerts, des communions civiles. Elle est actuellement utilisée pour des conférences. Son plafond est maintenant blanc pour être en cohérence avec le style néo-classique.

L’Académie face à l’antisémitisme nazi

Le Président élu en 1932, Emil Abderhalden, va chercher à protéger des savants juifs, il leur propose d’entrer à l’Académie. Selon les statuts, il faut un vote du Conseil pour exclure un membre. Lorsque les nazis exigent que les Juif soient chassés, il ne réunit pas le Conseil, barre leur nom au crayon de papier dans les registres et ne les informe pas. A.Einstein, par exemple, devenu membre en 1932, le reste. Après la guerre, les survivants ont pu retrouver leur place. Comme beaucoup d’Allemands, les savants de l’Académie ont pratiqué l’accommodement.

Ces faits étaient ignorés du temps de la RDA, les recherches n’ont été entreprises que depuis la réunification. Un mémorial a été érigé en 2009, il comporte le nom de 9 chercheurs dont 8 Juifs. Il s’agit de transmettre les faits aux générations futures afin que cela ne se reproduise plus.

Présentation
de la Fondation pour les Mémoriaux en Saxe-Anhalt
« Stiftung Gedankstätten Sachsen-Anhalt »
Kai Langer, directeur
15 mars 2015

En Allemagne, les fondations disposent d’une certaine autonomie mais dépendent du gouvernement du Land. Une loi en 2007 a permis la création de la Fondation pour les Mémoriaux en Saxe-Anhalt.

Il y a actuellement six mémoriaux dans le Land, un septième va ouvrir cette année.

Leurs missions sont de perpétrer et de conserver la mémoire des crimes commis par les nazis et par les soviétiques, pendant la période de la RDA. Ils travaillent sur ces dictatures dans leurs spécificités, en évitant tout amalgame. Il y a donc une mission pédagogique et une mission de souvenir et de mémoire de ces deux dictatures.

Le budget annuel est de 2,2 millions €. Il y a 32 employés à plein temps, dont au moins trois personnes dans chaque mémorial. De nouvelles embauches vont avoir lieu, pour mener à bien un travail essentiellement pédagogique.

Certains mémoriaux continuent à dépendre de villes ou d’associations et ne font donc pas partie de la Fondation, mais il y a cependant un travail commun. La Fondation a alors un rôle de soutien et de conseil.

Il y a deux conseils au sein de la Fondation, un pour la période 1939-1945 et un pour la période 1945-1989.

Le siège de la Fondation se trouve à Magdebourg, dans l’une des 15 anciennes prisons de la Stasi.

Le nombre de visiteurs peut être très varié : il y en a eu 176 000 à Marienborn l’an dernier, soit plus que tous les autres mémoriaux réunis.

Un nouveau mémorial va ouvrir à Gardelegen, c’est une grange dans laquelle ont été brûlés 1000 déportés dans les derniers jours de la guerre, dans le contexte des marches de la mort.

Deux des mémoriaux sont d’anciens camps de concentration : Lichtenburg-Prettin et Langenstein. Langenstein est un mémorial depuis 1949.

L’un, à Bernburg est un ancien lieu « d’euthanasie ».

Des publications paraissent deux fois par an, le rapport de la Fondation, des livres scientifiques et une collection consacrée à des récits autobiographiques.

Visite du Mémorial de Langenstein
17 mars 2015

Ce camp était en fait une annexe du camp de Buchenwald. Le premier transport de détenus a lieu en avril 1944. Les détenus mouraient très vite à la tâche, l’espérance de vie était de six semaines maximum. Y étaient envoyés essentiellement des détenus étrangers (95%), notamment français et polonais. 33 langues différentes étaient parlées dans le camp.

A quelques kms du camp se trouvait une usine de turbines d’avions qui a été bombardée plusieurs fois. Les nazis décident alors de déplacer la production sous terre. Ils font construire d’immenses galeries souterraines par les déportés (13 km de long, 7 m de haut, 5 m de large). La SS a ensuite loué les détenus aux entreprises de production.
Dans les années 1970, la RDA réutilise une partie des tunnels comme dépôt de munitions, puis ils seront privatisés en 1994.
Le camp a été reconstitué sous la RDA, ce qui induit les visiteurs en erreur.
Le camp a une superficie de 13 hectares, il faut environ 5h pour le parcourir entièrement. Les galeries se trouvent à 3km du mémorial.

Le 8 avril 1945, Halberstadt est à nouveau bombardée. Le commandant du camp décide l’évacuation du camp : 3000 hommes vont alors faire les marches de la mort. Seulement 500 ont survécu. 1400 personnes se trouvent encore dans le camp, à l’infirmerie, mais la plupart ne survivront pas. Le camp est libéré le 11 avril.

Depuis 1991, on organise ici des journées de rencontre autour de cette date. D’anciens détenus reviennent avec leur famille, il y a des dialogues avec les jeunes de la région.
Le groupe de la deuxième génération se rencontre en dehors de cette journée. La rencontre annuelle a lieu en automne. Les activités ont très variées, les participants donnent notamment des idées pour l’aménagement des mémoriaux. Le myosotis, qui signifie « ne m’oublie pas » (vergissemeinichtblüten) est devenu le logo du groupe de la deuxième génération.
La première rencontre de ce type a eu lieu en 2002. 1938 panneaux à la mémoire des victimes ont été installés par des jeunes de la région.

En 2003, on plante 5163 bâtons sur la place d’appel du camp, symbolisant les déportés : « Cela est un homme » (référence à Primo Levi).

En 2004, des jeunes fabriquent des écharpes avec le logo du tunnel creusé par les détenus, une manière d’en annoncer la prochaine ouverture à la visite.

En 2005, ils font un marquage du début de la marche de la mort. 2500 panneaux sont installés, comportant le nom et les dates d’un déporté, quand ils sont connus.

En 2007, ils marquent les noms des détenus sur des pierres venant des tunnels et les déposent sur les fosses communes.

En 2008-2009, on lance une alerte sur les risques de destruction des traces du camp, pour sensibiliser les jeunes et les intéresser à l’histoire du lieu.

Depuis 2009, le travail du groupe de la deuxième génération est très reconnu. Ils sont actifs au sein de la Fondation pour les Mémoriaux de Saxe-Anhalt et participent à des réunions et des conférences. L’objectif pédagogique est désormais plus mis en avant.

Depuis 2010, le groupe donne chaque année un sujet aux jeunes de la région pour qu’ils travaillent dessus. Les réalisations sont libres, le travail souvent créatif. Le but est d’inciter les jeunes à devenir eux-mêmes acteurs et les intégrer à un mouvement international. Des jeunes de plusieurs écoles, accompagnés par des pédagogues préparent l’action pendant environ 6 mois. La première action de ce type a eu lieu en 2010. Il s’agissait de refaire le chemin depuis la gare de Langenstein jusqu’au camp de concentration.

En 2011, les élèves de plusieurs écoles ont réalisé une création poétique à partir de textes de Roger Leroyer, un ancien déporté, intitulée « Images avec les sons ».

en 2012, le thème était « pain-baraque-être humain » : la faim, la promiscuité. Ils ont rédigé les questions qu’ils auraient aimé poser aux détenus et ont cherché les réponses dans les textes des survivants. Puzzle, morceaux de mémoire.

En 2013, la thématique s’intitulait « les maladies et accidents de travail et leurs conséquences ». Les jeunes ont lu les textes des survivants et les ont mis en rapport avec les photos et les films faits par les américains à la libération du camp. A chaque fois, un membre du groupe de la deuxième génération introduit l’action.

En 2014, « les chemins et le mouvement dans le camp » a donné lieu à une réalisation théâtrale, ainsi qu’à des panneaux avec les lieux du quotidien des déportés.

L’édition 2015 donnera lieu à une action dans quelques semaines. Le thème est le « mouvement », en rapport avec la marche de la mort.
Il existe plusieurs témoignages d’anciens déportés sur un sujet, parfois mêmes contradictoires. Il y a eu des interviews des membres du groupe de la deuxième génération avec leurs pères : 15 interviews dans différentes langues, qui ont ensuite été écrites et traduites. Ces interviews sont conservées par le groupe. Ce sont aussi eux qui choisissent les textes pour le travail pédagogique.

Les témoignages sont très variés par leur forme, Goupil est dans le réel, Petit dans la psychologie et Leroyer davantage dans la poésie.
La participation des élèves est basée sur le volontariat. Deux lycées sont très fidèles, il y a aussi d’autres écoles de la région qui participent de manière plus ponctuelle. Aujourd’hui, deux étudiants coordonnent le travail des 20 à 30 jeunes participants. Le nombre est relativement bas car cela entraine d’importants problèmes logistiques. Il y a un effet multiplicateur. Ce travail de réflexion est vu comme une chance pour les élèves. L’élargissement du groupe entraine des frais : traduction, transport… Mais la deuxième génération a la volonté de faire ce travail.
Il n’existe pas d’autre initiative de ce type en Allemagne.
Il y a deux ans le mémorial a créé un système de guidage pour les visiteurs : un système de géo-caching avec six parcours possibles. Chaque groupe reçoit un sac. Un groupe est composé de 4 personnes : un chef, un navigateur, un rédacteur et un informateur. Il y a un catalogue de questions pour chaque parcours.

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